Angalia 
 
Angalia : Art contemporain africain

Freddy Tsimba


Freddy Tsimba
Né en 1967 à Kinshasa (RDC). Vit à Kinshasa.

Après des études à l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa, en option sculpture monumentale (1989), Tsimba fait le choix de rejoindre des maîtres forgerons et des maîtres fondeurs pour se former à leurs côtés pendant cinq ans. 

Il se fait connaître grâce à des sculptures composées à partir de douilles ramassées sur les théâtres de conflits et patiemment soudées. Ces « silhouettes effacées », victimes anonymes sacrifiées à la folie des hommes, sont principalement des femmes, elles sont enceintes et portent des marques de mutilation. Ce sont des œuvres rudes, mais elles ne sont pas là pour choquer. L’intention est de témoigner et de dénoncer les guerres, celles du Congo mais aussi toutes les autres. La rudesse du propos n’exclut pas la beauté des formes. Et la symbolique de la femme enceinte est porteuse d’un message d’espoir, car Tsimba nous dit qu’en dépit de tout, « la vie finit toujours par triompher ». 

Freddy Tsimba ne se borne pas à utiliser des douilles. Il travaille avec quantité d’autres objets métalliques récupérés, qui symbolisent pour certains la mort (machettes, pièges à souris), pour d’autres l’oppression (chaines), ou encore l’addiction (capsules). En réalité, la symbolique se veut le plus souvent à double sens, car le propos n’est jamais désespéré. Par exemple, les clés expriment l’enfermement mais aussi l’ouverture libératrice, les cuillères à la fois la faim et la subsistance, et Tsimba aime rappeler que la machette est d’abord l’outil des travaux agricoles.

L’une de ses œuvres emblématiques, « Porteuse de vies », est installée depuis 2018 au Palais de Chaillot, sur la place du Trocadéro à Paris. Haute de trois mètres, elle représente une femme, réalisée entièrement en douilles, portant un livre ouvert fait de clefs. Freddy a conçu ces dernières années d’autres œuvres monumentales, dont « Immortel », une œuvre de 2020 réalisée en hommage à Ousmane Sow à l'Abbaye de Fontfroide.
 
Du 1er décembre 2020 au 15 août 2021, l’Africa Museum de Tervuren (le musée de l’Afrique centrale) présente une superbe exposition individuelle de Freddy Tsimba. Le commissaire, l’écrivain Jean Bofane, y fait dialoguer 22 installations de Freddy avec une trentaine de pièces du musée. Il fond aussi la matière de ces sculptures avec la matière littéraire, usant de son imagination de romancier pour décrire la rencontre de l’artiste avec la Mort. 

Toujours en mouvement, toujours disponible pour partager, se nourrissant de toute opportunité et de toute rencontre, Freddy Tsimba ne s’arrête jamais de créer. Aimable, souriant, positif, il est un personnage aussi doux que son œuvre est rude. Ce paradoxe n’est qu’apparent : il faut une grande sensibilité pour rendre ainsi hommage, avec obstination, sur la durée, à la souffrance anonyme. Il y a dans cette œuvre et dans ce parcours quelque chose d’extrêmement réconfortant.

> CV


Freddy Tsimba : album photo
 

"Freddy Tsimba : des douilles pour la vie" | RFI, 16 janv. 2019




Revue de presse

Accédez à la revue de presse sur l'entrée de la Porteuse de vies au Théâtre national de Chaillot [compilée par African Artist for Development et reproduite avec leur aimable autorisation].