Angalia 
 
Angalia : Art contemporain africain

Tsham


 Tsham
Né en 1963 à Lubunz, dans le Kasaï Oriental (RDC). Vit à Kinshasa.

Raymond Tsham Mateng est diplômé de l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa, promotion 1989. Ce dessinateur hors pair s’est fait une spécialité du travail au stylo à bille. Un simple Bic de couleur noire, avec lequel il dessine sur papier canson des masques et des statuettes du Congo et d’ailleurs, qu’il met en scène le plus souvent dans la profusion. Pourquoi les arts premiers ? « Parce que c’est ce que l’Afrique a de mieux à offrir au monde » ! Après avoir travaillé exclusivement au stylo à bille noir pendant plus de vingt ans, Tsham vient d’introduire la couleur dans ses œuvres, ou plutôt de la réintroduire puisqu’il avait pratiqué les techniques mixtes au tout début de sa carrière. L’aquarelle et les crayons de couleur viennent désormais teinter les fonds ou mettre en relief certains personnages.
 
Discret par tempérament, minutieux, sortant peu de son atelier, Tsham n’en est pas moins ouvert aux autres et au monde. Il travaille en se nourrissant d’actualité, branché en continu sur une radio internationale. De temps à autre, cet inlassable travailleur s’offre un moment de détente en s’adonnant à la peinture. Ses tableaux dévoilent alors une audace surprenante. Mais c’est bien dans le dessin et l’éloge de la statuaire africaine qu’il excelle. A la fois signifiante et esthétique, célébrant le passé mais contemporaine, son œuvre est véritablement incomparable.

> CV


Tsham : album photo
 

Catalogue de l'exposition "Tsham - Oeuvres récentes" | Kinshasa, oct.-déc. 2015

 

Vidéo entretien avec Tsham | 2015


 


 Tsham
Critique d’oeuvre : Les demoiselles du Congo, Tsham, 2015

Les femmes représentées par Picasso dans Les Demoiselles d'Avignon étaient des prostituées. Cette œuvre du maître a été saluée comme le premier prototype de la déconstruction cubiste. Elle préfigure la perspective alternative du cubisme.

Pour Picasso, une prostituée était un « être déconstruit ». L'art primitif était l'équivalent visuel de la figure de la prostituée. Il a asséné sa fameuse formule « L'art nègre ? Connais pas ! » tout en fréquentant le Musée de l'Homme où il étudiait des œuvres d'art africain. Son déni est problématique, car il a nécessairement été imprégné par les images puissantes de cet art dit primitif. L'iconographie de la prostituée et la sculpture primitive sont donc emblématiques des débuts de sa conceptualisation du cubisme. Elles sont d'une importance symbolique primordiale dans Les Demoiselles d'Avignon.

Tsham représente des masques ou des statuettes du Congo dans une confrontation directe avec Picasso. On reconnaît, de gauche à droite :
**une figure de femme Luba portant des marques de scarification ;
**un masque Mwana pwo Chokwe sur une femme en bikini ;
**un masque Luba-Hemba porté par la femme enceinte au collier ;
**une sculpture Basikasingo au corps de pin-up ;
**un masque Pende traversé d’un rictus ;
**des cauris, souvent utilisés dans l'art Kuba et parfois comme monnaie d'échange ;
**de probables motifs de tissu de raphia Kuba reproduits en fond.

A l’opposé de la réalité sociale de la figure sans loi de la prostituée chez Picasso, chaque représentation congolaise primitive est l'incarnation d'un puissant héritage matrilinéaire. La trame raffinée inspirée des tissus en raphia de type Kuba couvre une grande partie de l'arrière-plan de l'œuvre. La culture Kuba étant une culture royale, l'utilisation par Tsham de ces motifs est une reconnaissance de la règle, de l'ordre et de l'autorité.
 
Alors que Picasso nie l'influence de l'art africain, Tsham la réaffirme de manière irréfutable par la représentation de masques et de figures iconiques. Refusant à Picasso la qualité autoproclamée de précurseur du cubisme, Tsham affirme que le prototype cubiste est à chercher dans l'esthétique africaine. Et non dans le travail de Picasso lui-même ou l'art ibérique comme l’artiste l'a prétendu plus tard.

En représentant Les Demoiselles d'Avignon de Picasso sous les traits de sculptures matriarcales africaines, Tsham nous force à reconnaître l’inspiration à l’origine de l'œuvre de Picasso. Jusqu'alors, la marginalisation de l'art africain par l'Occident procédait assurément d’une forme de dénigrement.
 
JC Biebuyck, MD
The Biebuyck Family Collection
(Traduit de l’anglais)